vingt (20) ans.
4 juillet 2005 - 4 juillet 2025, vingt ans et environ 35kg d'écart.
il y a exactement 20 ans1, j'entre à l'hôpital, un peu contre mon gré on va pas se mentir, pour tenter de me sortir de l'anorexie mentale dont je souffre depuis quelques mois. je n'ai pas encore 18 ans, c'est pas moi qui décide, et c'est probablement ça qui m'a sauvé la vie.
la plupart du temps, maintenant, j'ai arrêté d'en parler - 20 ans après, ce n'est plus un sujet : ça va mieux, ma relation avec mon corps et avec la nourriture s'est apaisée, à défaut de l'être tout à fait, apaisée. je vais mieux - je vais bien, même - ce n'est plus quelque chose qui me définit, ce n’est plus quelque chose pour lequel on se fait du souci, ni même quelque chose qu’on devine. évidemment, mes années d'adulte ont été teintées de ça, toute ma vingtaine a été un peu amochée par la maladie mentale qui est restée accrochée longtemps, même si d'apparence, ça ne se voyait plus. Il aura fallu du temps, des suivis psy et encore du temps pour que reprendre du poids ne soit plus un sujet et pour que les repas ne soient plus l'obsession de ma journée et pour que le contrôle exercé par la maladie se dissipe peu à peu.
et parfois, je ressens un besoin énorme d'en parler, juste parce que quand moi je suis sortie de l'hôpital, j'aurais voulu trouver quelqu'un qui me dise qu'on s'en sort, que ça peut aller mieux, que même si c'est long, ça va aller, j’aurais voulu qu’on me dise que ça part pas d’un coup, que ça revient parfois, un peu sournoisement, mais que ça ne veut pas dire que tout est fichu et qu’il faut tout recommencer, j’aurais voulu qu’on me dise qu’un jour, j’aurais le temps de penser à tellement d’autres choses.
mes parents avaient un tas de livres qui tentaient d'expliquer le pourquoi du comment (spoiler alert : on peut pas vraiment expliquer dans un livre) mais moi je m'en fichais un peu de ça, je crois que je savais déjà que c’est tellement complexe que même si on a des pistes, on ne comprend jamais vraiment pourquoi moi, pourquoi maintenant. moi je voulais savoir l'après.
comment on fait pour combler son esprit d'autres choses que des calories qu'on va éviter, comment on fait pour penser à autre chose que la place trop importante que notre corps prend dans l'espace, comment on fait pour vivre de façon apaisée et spontanée après avoir passé trop de temps à tenter de tout contrôler, comment on fait pour laisser de côté la petite voix qui dit "aujourd'hui, on va faire encore mieux qu'hier" et qui veut jamais se taire ?
alors vingt ans plus tard, ça va mieux, ça va tout court et j'avais juste envie de rappeler que l'anorexie - et les troubles du comportement alimentaire de façon générale - est une maladie mentale et qu'on ne s'en sort pas sans aide - médicale et familiale. j'ai eu la chance d'avoir un entourage qui a réagi et qui m'a jamais laissée tomber, j'ai eu la chance d'être suivie par une équipe de médecins incroyables et d'avoir mes piliers, ma famille, qui a jamais vraiment baissé les bras.
il y a plein de ressources qui existent, aujourd'hui, pour se faire aider ou pour aider un-e proche, je vous en glisse quelques unes : au Québec, l'aneb et la maison l'éclaircie, en France la FFA qui a une permanence téléphonique. je voulais aussi rappeler que les troubles du comportement alimentaire se retrouvent sur un spectre assez large et que c’est pas forcément les clichés qu’on s’imagine. si vous - ou un proche - sentez que vous avez une relation confictuelle avec la nourriture, allez parler à quelqu’un, c’est important.
prenez soin de vous et de vos aimé-e-s - et la prochaine fois on se retrouve pour parler d’un sujet un peu plus gai, c’est promis.
(l’image d’en-tête est une illustration de magier sur Unsplash - j’avais comme de la difficulté à trouver une photo appropriée !)
je vais être honnête, j’ai mis un peu de temps à me décider à publier ce que j’avais écrit, c’est un sujet que je trouve délicat à aborder - qui plus est, de la part de quelqu’un qui a juste un vécu, mais aucune formation médicale pour en parler. Pour autant, les TCA sont tellement présents dans notre société - et toujours aussi tabous - que je trouvais important de pas garder tout ça pour moi. je sais pas, peut-être que si une personne, à la suite de ce texte, se décide à aller parler à quelqu’un, c’est que ça aura un petit peu servi ?



C'est si important d'en parler, merci Camille !
j't'aime, ta résilience et ta voix sont inspirantes mon amie <3